Projet phare de près : le conseil citoyen franco-allemand

26.03.2021

La série « Projet phare de près » présente les dessous et les porteurs de projet :

Le conseil citoyen franco-allemand est l'un des 3 premiers projets phares soutenus par le Fonds citoyen. Pour la première fois, il réunit des citoyennes et citoyens des deux pays dans ce format de démocratie délibérative qui suscite un intérêt croissant de part et d’autre du Rhin – et ce, lors d'une période où la crise sanitaire rend difficiles les échanges et les voyages quotidiens.

 

Vue d'ensemble :


Coordonnées du projet

 

N° 1 : Interview « Etat des lieux »

Les citoyennes et les citoyens du Bade-Wurtemberg et du Grand Est se sont déjà retrouvés pour 3 sessions de dialogue citoyen franco-allemand sur la coopération transfrontalière en temps de Covid-19. Manon Potet, coordinatrice du projet à Missions Publiques, revient sur les enjeux de ce processus délibératif et nous donne un aperçu des recommandations élaborées par les participants des deux côtés du Rhin.

 

Manon Potet

 

1 - Pourquoi avoir initié un dialogue citoyen franco-allemand ?

L'idée de lancer ce projet est née au plus fort de la crise sanitaire : nous avons observé que dans la région du Rhin supérieur, caractérisée par la libre-circulation des personnes, la pandémie de COVID-19 et la fermeture des frontières au printemps 2020 ont montré :

Les échanges et la coopération ne pouvaient être considérés comme acquis.

L'objectif de cette démarche est donc de tirer les leçons de ce contexte particulier pour renforcer la cohésion, le vivre et le faire ensemble sur la région transfrontalière, en donnant la parole aux premier.ère.s concerné.e.s par les politiques de coopération.

Ce dialogue franco-allemand ouvre également un espace d'échanges entre les habitantes et habitants de la Région Grand Est et du Land du Bade-Wurtemberg, qui se parlent très peu, sur leur vécu respectif de la crise sanitaire, leur expérience de la coopération transfrontalière, et leurs aspirations et recommandations.

3 sessions de travail ont eu lieu, en décembre 2020 puis en février et en mars dernier, avec une trentaine de participantes et participants, 15 côté français et 15 côté allemand. La première session était consacrée à leur vécu personnel ainsi qu'à un bilan de la période COVID-19 et de la coopération transfrontalière (les institutions, projets existants etc.). Le groupe a également identifié les thématiques qu’il souhaitait creuser; nous avons invité des intervenant.e.s pour les deuxième et troisième sessions, sur ces thématiques prioritaires.

Ensuite, les participant.e.s ont commencé à se mettre d’accord sur des recommandations : billet unique transfrontalier, renforcement des formations bilingues, bourse des emplois transfrontaliers, chantiers participatifs transfrontaliers pour les habitant.e.s de chaque côté du Rhin… Les propositions sont diverses et touchent à tous les domaines de la coopération transfrontalière !

 

2 - Quelles sont les prochaines étapes ?

Lors de la dernière session qui aura lieu les 16 et 17 avril, le groupe va adopter son avis, comprenant une introduction sur leur vision de la coopération dans ce contexte particulier, puis la liste de leurs propositions développées. A l’issue de cette session, les participantes et participants remettront leurs recommandations aux élues embarquées dans le processus, Claudine Ganter, présidente du Conseil Rhénan (Grand Est), et Gisela Erler, conseillère d'Etat pour la Société civile et la Participation des citoyens au ministère d'Etat du Bade-Wurtemberg.

 

3 - A un mois de la phase terminale, quel bilan tirez-vous aujourd’hui ?

Comme souvent sur ce type de démarches, je suis impressionnée par la grande qualité des échanges et des propositions formulées.

L’envie d’aller vers plus de coopération transfrontalière, voire de faire de leur région un « laboratoire » d’intégration et de coopération pour le reste de l’Europe, est très forte au sein du groupe.

Toutes et tous ont dit avoir fortement regretté la fermeture des frontières et surtout les tensions, comme les agressions de travailleuses et travailleurs frontaliers. Il est évident qu’une telle situation ne peut pas se reproduire, notamment au regard de l’histoire commune des deux pays. L’idée serait donc de s’intéresser aux enjeux territoriaux des processus d’intégration régionale en levant les barrières liées à la présence de la frontière.

Une anecdote plutôt drôle cette fois : lors de la deuxième session, nous avons évoqué à quel point l’apprentissage de la langue était facilité par un intérêt pour la culture de l’autre, un participant a évoqué le rôle de Tokio Hotel, qui aurait « fait beaucoup plus pour la promotion de l’allemand en France que certaines professeures et certains professeurs d’allemand » ! Les personnes de différentes générations ont alors évoqué les artistes qui leur avait donné envie d’apprendre la langue de l’autre, de Nina Hagen à Brassens en passant par Rammstein.

 

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4 - L’un des défis de ce dialogue est sans doute l’approche multilingue de la démarche. Comment avez-vous assuré les échanges entre francophones et germanophones ?

Pour l’équipe et moi, c’était la première fois que nous organisions une démarche bilingue et biculturelle. Des problématiques inédites se sont ainsi posées :

Comment faire en sorte que chacune et chacun se comprenne et se sente représenté, tout en assurant une fluidité des échanges ?

Une équipe d'interprètes, un.e par sous-groupe et pour les plénières, a ainsi été mobilisée.

Au début de chaque session, nous prenons toujours une heure pour échanger en plénière de la situation et des mesures dans chaque pays, ce temps de reprise de contact étant nécessaire et précieux pour les participant.e.s ayant peu l'occasion d'échanger avec les citoyen.ne.s du pays voisin.

Un autre défi est aussi de garantir l’interactivité des échanges alors que tout se déroule en ligne. Nous faisons en sorte d'alterner plénière et sous-groupes, de privilégier des formats de présentation courts et des temps de questions/réponses et échanges plus longs avec les intervenantes et intervenants, et d'utiliser des outils interactifs en ligne, comme Sli.do ou Miro pour permettre notamment à celles et ceux qui sont moins à l'aise pour prendre la parole lors des plénières de s'exprimer par l'écrit.

 

5 - Un mot sur les partenaires ?

Nous travaillons en étroite collaboration avec le Land Bade-Wurtemberg et la Région Grand Est. Quand nous leur avons proposé le projet, ils n’ont pas hésité à s’engager avec nous. Leur soutien et leur enthousiasme a été un énorme soutien pour la mise en place du dialogue. De même, le Fonds citoyen franco-allemand nous a soutenu financièrement et a fait de notre dialogue franco-allemand un des projets-phares soutenus cette année. C’est grâce à ces partenaires, soutenants et conscients des enjeux démocratiques et de coopération transfrontalière que ce projet a pu voir le jour. Nous les remercions pour cela.

 

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N° 2 : Les têtes derrière le projet

Lucas
lucas
  • Âge : 20 ans
     
  • Profession : étudiant & gestionnaire de maintenance en systèmes informatiques
     
  • Son rôle dans le projet : participant au Conseil citoyen franco-allemand
     
  • Pourquoi il participe au projet : « Je fais des études en alternance et travaille à 15 minutes de la frontière allemande à Folschviller (Moselle). J’ai déjà été amené à travailler avec des collaboratrices ou collaborateurs en provenance de l’autre côté du Rhin, sans pour autant parler allemand. Quand j’ai vu passer l’annonce pour le Dialogue franco-allemand sur la coopération transfrontalière sur les réseaux sociaux, je me suis dit : je n’attends pas grand-chose, mais je n’ai rien à perdre – autant tenter ! »
     
  • Ses idées pour une meilleure coopération franco-allemande : « Je proposerais d’abord de lever la barrière de la langue : il ne faut pas avoir peur de parler la langue de l’autre, même si on ne la maîtrise pas encore. Ce qui aiderait au quotidien, ce serait de mettre un terme à la taxation des cartes de crédit étrangères en Allemagne et aussi de développer encore davantage le réseau de transport en commun entre la France et Allemagne. Et enfin, je pourrais imaginer une coopération entre les polices, par exemple des patrouilles franco-allemandes de police. »

 

Geneviève

genevieve
  • Âge : 65 ans
     
  • Profession : retraitée ; a travaillé comme technicienne d’étude clinique
     
  • Son rôle dans le projet : participante au Conseil citoyen franco-allemand
     
  • Pourquoi elle participe au projet : « Quand j’ai déménagé de Paris dans le Grand Est, je me suis nettement rapprochée de la frontière et je me suis dit qu’un dialogue avec des habitantes et habitants outre-Rhin ne serait que bénéfique pour voir ensemble comment mieux exploiter ce voisinage. »
     
  • Ses idées pour une meilleure coopération franco-allemande : « J’ai été étonnée de l’interaction transfrontalière pendant la crise sanitaire et je trouve que cette coopération devrait être institutionnalisée, notamment pour remédier aux inégalités en matière de soins des deux côtés du Rhin : j’ai des amies qui traversent la frontière pour se faire soigner dans des hôpitaux allemands, plus spécialisés sur certaines maladies comme celle de Lyme. Et sinon, je serais ravie de voir se développer une stratégie partenariale autour de la culture transfrontalière et de l’aménagement des transports qui me permettrait d’assister à des spectacles allemands. En attendant, je vais m’inscrire au comité de jumelage de ma ville pour faire avancer les choses. »  

 

Olga

olga
  • Âge : 34 ans
     
  • Profession : comptable dans une société de gestion immobilière en Allemagne
     
  • Son rôle dans le projet : participante au Conseil citoyen franco-allemand
     
  • Pourquoi elle participe au projet : « Je suis toujours prête à apprendre quelque chose de nouveau, je suis ouverte d'esprit, positive et déterminée. Et je me vois comme une citoyenne de l’Union européenne ! La démarche du Dialogue franco-allemand est nécessaire pour saisir les implications que la coopération transfrontalière – souvent encore méconnue par les citoyennes et les citoyens – peut avoir à l’échelle locale. »
     
  • Ses idées pour une meilleure coopération franco-allemande : « En fait, il y a déjà suffisamment d'informations, il suffit de s’y intéresser. Mais je pense que l'on pourrait susciter encore plus d'intérêt et de participation active en faisant une publicité plus active pour ces procès délibératifs pour qu’ils soient connus et reconnus par tout le monde. »

 

Johannes

johannes
  • Âge : 26 ans
     
  • Profession : étudiant en master en « Démocratie et gouvernance européenne » à Tübingen
     
  • Son rôle dans le projet : participant au Conseil citoyen franco-allemand
     
  • Pourquoi elle participe au projet : « Pendant mes années de licence, j’ai étudié les formats de participation citoyenne sans jamais pouvoir passer de la théorie à la pratique. Le Dialogue citoyen a donc été une super occasion pour avoir une première expérience tangible. Il m’a permis de découvrir des perspectives totalement nouvelles, notamment la façon dont notre propre pays est perçu par les autres. J’ai aimé surtout la familiarité qui s’est vite installée entre participantes et participants. »
     
  • Ses idées pour une meilleure coopération franco-allemande : « Etant en relation avec une Française au moment de la crise sanitaire, je me suis aperçu qu’il peut soudainement devenir compliqué de se rendre visite ou de rester dans l’autre pays. J’espère que les décisions et les actions bilatérales et internationales seront coordonnées de manière encore plus intensive. Le Covid-19 m’a montré que les gens peuvent vite retomber dans des schémas de pensée nationaux. J’ai peur que ce soir de plus en plus le cas à l’avenir, surtout en cas de crise. Mais le Dialogue citoyen était un bon signe global d’une prise de conscience européenne par-delà des frontières nationales. »

Qu'est-ce qu'un projet phare ?

Les projets phares se distinguent par leur rayonnement, leur portée et leur pertinence et sélectionnés par un comité. Lors de l'évaluation, ils ont atteint au moins 90 points : un maximum de 10 points peut être attribué pour chacun des 11 critères.

Le Fonds citoyen soutient des initiatives transfrontalières en quatre catégories : de subventions de moins de 5 000 € jusqu’au financement des projets phares de plus de 50 000 €. Jusqu'à 80 % des frais peuvent être pris en charge, p. ex. pour le voyage, le séjour, l'organisation, du matériel, des formations ou des honoraires.

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